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Hornet suisse à La Ferté 2017, aviateurs "franco-suisses" de 1915. 04/04/2017

 

1915, puis 2017 : des aviateurs suisses reviennent en France

Un F-18 Hornet suisse à La Ferté, les 3 et 4 juin 2017...ou comment évoquer 102 ans de liens qui unissent la France et la Suisse, dans l'aviation militaire.

 

 

C’est un fait peu relaté dans l’histoire des ailes françaises, pendant la première guerre mondiale. En 1915, de très nombreux aviateurs suisses se sont engagés, en tant que combattants dans l’armée française. D’autres, certes moins nombreux, ont préféré les américains, quelques-uns, les allemands. D’autres, sont allés en Italie. Mais le plateau aérien proposé par le meeting de La Ferté-Alais, en juin 2017, sera à la hauteur de l’hommage qui sera rendu aux suisses francophiles, à ces aviateurs que beaucoup d’entre nous « prennent pour » des français, dans « nos » livres d’histoire...

Que s’est-il passé en 1914 ? En juillet de cette année-là, à Bern, le Capitaine de cavalerie Theodore Réal est chargé de mobiliser tous les militaires capables de piloter, afin de constituer une composante aérienne capable de faire respecter la neutralité de l’espace suisse, face aux incursions des belligérants français et allemands. C’est ainsi qu’Agénor Parmelin, Edmond Audemars, François Durafour, René Grandjean, Albert Cuendet, Henri Kramer, Auguste Comte, et Ernest Burri, deviennent les premiers pilotes « de chasse » de l’histoire des nouvelles « Troupes d’Aviation Suisses ». Ils sont sous le commandement d’Oscar Bider. Leurs avions leur appartenant, ils leur ont coûté une petite fortune avant la guerre. Malgré tout, ces avions sont d’abord, et de façon maladroite, réquisitionnés, puis heureusement, rachetés par l’Etat, quelques mois plus tard : on y compte le Blériot d’Oscar Bider, le Morane-Saulnier H d’Audemars, le Farman de Cuendet, et le Grandjean de son propriétaire éponyme. Theodore Réal ira même jusqu’à réquisitionner quatre avions présentés à l’Exposition Nationale, et aussi cinq autres en escale ! Parmi les autres personnels militaires mobilisés, on trouvera une vingtaine de mécaniciens, et les aérostiers de Bern. Un uniforme leur est créé pour les pilotes, avec une épée (de cavalerie), dont on imagine avec humour, l’utilité en vol.

Mais au bout de cinq mois de service, une partie de ces aviateurs sont déçus. Edmond Audemars, qui était l’un des plus grands pilotes d’acrobatie d’avant-guerre, est humilié par le commandement à l’issue d’une démonstration en vol. Il reçoit un coup de poing dans la figure de la part de son commandant, pour avoir pris des « risques » pendant ce vol. D’autres chevronnés, n’apprécient guère de ne pouvoir voler plus de 2h30 par semaine. Il est loin, le temps des weekends à effectuer des boucles devant des dizaines de milliers de spectateurs. Dans le même temps, ils constatent, non sans envie, que leurs amis français – aux-côtés desquels, ils ont tant appris dans les écoles de Buc, ou de Pau - mènent une vie de guerriers et d’aventuriers, volant tous les jours sur leurs avions attitrés, les « pliant » au combat, ou risquant leur vie. Il faut dire que ce mode de vie avec « risques », correspond pleinement, à l’époque, à l’idéal recherché par des jeunes gens de l’âge de ces aviateurs.

J'avais évoqué ce fait, lors de ma mini conférence au sujet des aviateurs allemands de la première guerre mondiale, à l'occasion des 100 ans de l'aviation militaire, à Toussus-Le-Noble : http://www.sky-lens.com/articles-reports-air-events.php?recordID=126

 

 

En 2014, à Payerne, les Forces Aériennes Suisses ont mis en scène un Bleriot XI, puis un F-18 C Hornet, pour évoquer l'été 1914 (ci-dessus)

 

La neutralité ne convient donc pas à tout le monde ! C’est le moins que l’on puisse dire pour Edmond Audemars. Pourtant l’Allemagne l’a sollicité pour former des pilotes. Mais il « prend congé » de l’armée suisse pour aller en France, et devenir pilote d’essais et de réception des avions Morane à Velizy. Audemars devient l’ami personnel de Roland Garros, l’inventeur (français) du tir à travers l’hélice. En 1918, c’est même lui, qui essaye de faire évader son ami Garros, d’Allemagne. Parmelin et Grandjean démissionnent eux aussi, de l’armée suisse, pour s’engager en France. Le parcours d’Agénor Parmelin est aussi original que celui de ses collègues, qui d’ailleurs, sont tous Genevois comme lui. En 1915, il s’engage dans la Légion en tant que soldat, bien qu’il était adjudant auprès du capitaine Réal.., puis il mène des essais d’hydravions chez Donnet-Lévêque, à Meulan. François Durafour entre dans la Légion, puis devient pilote d’essais et de réception, chez Blériot, d’abord à Buc, puis à Villacoublay. Là, il teste les Caudron G3 jusqu’en 1916. Quand à lui, Burri, soulignons son précédent parcours de mercenaire dans la guerre des Balkans … En 1915, il a été incorporé par Réal dans les Troupes d’Aviation Suisses, en tant que premier suisse aguerri au combat en avion. Cela étant, il préfère partir en France, pour devenir pilote de convoyage des hydravions Schreck, à Argenteuil.

Dans la même période, d’autres aviateurs de la Confédération n’ont pas été mobilisés par les Troupes d’Aviation. Pourtant, ceux-là aussi, choisissent de grossir les rangs de l’aviation française. Ainsi avant la guerre, John Domenjoz, avait été pilote d’essais et instructeur chez Blériot, à l’Aéroparc de Buc. En collaboration avec Pégoud et Perreyon, il avait créé, en octobre 1913, la première patrouille associant plusieurs avions en voltige, connue dans l’Histoire de l’aviation (ancêtre des patrouilles « acrobatiques »), mais sur trois Blériot XI. Un autre breveté de Buc, Paul Wyss, devient pilote d’essais chez SPAD, à Buc, entre 1914 et 1918.

Les pilotes suisses francophones, pour la plupart originaires de Genève, ont formé les rangs des nouvelles Troupes d’Aviation Suisses, en 1914. Leur formation d’avant-guerre dans les écoles de pilotage françaises explique très probablement, leur lien personnel avec la France. Lorsqu’ils ont voulu se lancer dans l’aventure, sur le front, ils l’ont finalement fait, aux côtés des français. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les genevois n’ont pas porté chance à Theodore Réal, puisqu’ils ont démissionné en 1915, préférant s’engager dans une situation de guerre, pour vivre « the real thing » comme le disent les américains…

 

 

Volontairement, ou inconsciemment, les planificateurs du plateau de La Ferté-Alais, des 3 et 4 juin  2017, Michel Geindre et Cyrille Valente, renouent avec cette mémoire, et ce lien qui rapproche les aviateurs français, et suisses. C’est aussi un lien qui perdure, puisque de nos jours, l’Armée de l’air française est associée aux Forces Aériennes Suisses dans le cadre de la défense de l’espace aérien helvétique. Soulignons que la naissance de l’aviation militaire en Suisse, était le thème central de la manifestation Air14 de Payerne, en août 2014. Une proximité s’est établie entre l’armée suisse et les collectionneurs qui ont été nombreux à voler sur avions historiques immatriculés au registre français, lors de cette manifestation. C’est un amical retour de Payerne que nous offrent les Forces Aériennes Suisses, à La Ferté, avec la participation du F-18 solo display, piloté cette année par le capitaine Nicolas « Vincent » Rossier, de l’Escadrille 17 (ou Staffel 17 pour mes amis germanophones).

Autre tableau franco-suisse au programme de La Ferté, le Hawker Hunter de l’association Amici Del Hunter, de Sion, piloté par Eric Hauert, viendra rejoindre son compère, le Hawker Sea Fury FB11 appartenant à Christophe Jacquard, mais piloté par Patrice Marchasson. Les deux Hawker se retrouvent pour un concert aérien, associant le « tambour d’hélices » d’un moteur Pratt & Whitney R-2800 de Fury, au réacteur chaud du Rolls Royce Avon helvétique, traçant des volutes de fumigènes dans le « grand bleu ». Un pilote français avec un pilote suisse, en vol, ensemble, pour nous compter toute la perfection d’un constructeur britannique : voilà tout un symbole.

 

 

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